Les récits ternes de l’Amer mini-pièce / 3ème acte le 8 décembre 2011

Le 3ème acte d’une pièce-toujours-pas-de-scène. Imaginez un décor sous-marin fait d’épaves organiques, de poissons curieux, et de divinités enfouies aux sentiments amers.

Parce que c’est si simple d’être une murène, on peut se blottir dans toute infractuosité ...

3ème acte.

Soleil brûlant inondant le pont du 5 mâts, une mer trop calme. L’odeur de goudron qui fond est maintenant tenace.

Le capitaine (marmonnant) : "Que veux-tu de nous maintenant Océan ? Je me sens filet-de-perche, sur les rives du lac Leman. Comme trop beurré, servi à une terrasse dépourvue de parasol."

Voix narrative : "Nos vies présentent des haut et des bas, du plus tumultueux à l’immobile complet. Maintenant nous avons fait des choix. Nous devons les honorer."

L’équipage : "Capitaine ! l’eau de pluie s’épuise. Le rhum nous deshydrate."

Le nouveau second, ancien cuistot : "Plus rien ne tombe, alors supportez ! Mes amis d’infortunes ... Pas ce soir que des citrons nous amélioreront l’ordinaire de boisson."

L’équipage : "Mais on crame !"

(L’astre solaire culmine maintenant, le sel devient insupportable sur la peau et les lèvres des hommes)

Le nouveau second : "oui, on crame, on se calme et on se souvient."

Voix narrative  : "Et lorsque enfin l’on voit un épisode brûlant se profiler, cela nous arrive de perdre pied. Et d’oublier dans quel tiroir on range nos mitaines ignifugées."

Le nouveau second : "On se souvient les gars ... du soleil sur la cîme de ces arbres, de ce noel passé, des escaliers qui dégringolent dans la brume. De toutes ces choses qui nous ont donné soit la force, soit l’envie de partir, et apprécier flotter au dessus des merlus."

L’équipage : "Mais ..."

Le nouveau second : "Un « mais ». Oh combien toujours prévisible. Un « mais » c’est facile, ça permet de ne pas assumer l’entièreté de ses choix. De poser notre dualité, pis de la regarder se bouffer le nez, en bavant spectateur. Et au final espérer que quelqu’un va trancher pour nous. J’entends encore un « mais », je vous envoie faire le tour des maisons du village pour récolter de quoi faire une grosse omelette. Bouffons."

(L’amer clapotte doucement, le rire des oiseaux qui se sont perdus dans le sillage se fait entendre.)

Le capitaine : "Oubliez les glaçons, et foutez moi les mousses en cale, l’heure est à ramer."

Le nouveau second : "Nous devons faire face. À vos postes les homards ! Go !"

Le capitaine : "Sans tarder. Hors de question que nous ne soyons que planctons."

Voix narrative : "Les jeunes hommes s’exécutent alors, descendent au plus bas de cette fournaise et saisissent les rames. Cette légère injonction, doucement indulgente, tranquillement inplacable, pleine de promesses à turbiner, est capable de fédérer les unités."

L’équipage : "Hiha ! Clapke clapke clapk. Cluink cluink clonk."

Le nouveau second : "Vos pinces peuvent encore être fraîches, clapez, clinkez, mais surtout sortez nous de ce bordel."

L’équipage : "Hiha ! Clapke clapke clapk. Cluink cluink clonk."

Voix narrative : "Et ils y arrivèrent. Tous ceux qui restent. Et nulle part ailleurs on ne vit l’océan submerger les rives pour se mêler à la terre. Mais l’attaquer, ça ... oh yeah. A pleines dents. Les dents des doigts"

Fin du 3ème acte.